
Titre : Les Braconniers
Auteur : Callan Wink
Édition : Albin Michel
Titre original : Beartooth
Traducteur : Michel Lederer
Parution : Le 4 mai 2026
Nombre de pages : 286
Thad et Hazen, la vingtaine, vivent en autarcie dans une vieille baraque en bois nichée dans les Beartooth Mountains, près du parc de Yellowstone. Abandonnés enfants par leur mère, une femme excentrique et instable, noyés depuis la mort de leur père sous les factures et les arriérés d’impôts, les deux jeunes hommes ne s’en sortent que grâce au braconnage. Ils chassent notamment des ours – dont la vésicule biliaire se vend à prix d’or – pour le compte de « l’Écossais », un colosse inquiétant, dont la fille énigmatique le suit comme son ombre.
Lorsque, au retour de leur dernière mission, celui-ci leur propose un marché nettement plus juteux mais bien plus risqué, Thad et Hazen finissent par accepter. Pris dans un engrenage criminel, ils vont devoir affronter la loi comme leurs propres démons.
Nous sommes partis avec Camille en balade livresque dans le Montana. Une traversée à ciel ouvert, au cœur des Beartooth Mountains, là où le vent s’accroche aux crêtes et où les forêts profondes gardent leur silence comme un secret. Une immersion lente, presque feutrée, mais avec cette sensation, assez vite, que quelque chose gronde sous la surface.
Dans Les Braconniers, Callan Wink nous emmène dans une Amérique en marge, cabossée, rugueuse, où tout semble un peu fragile. Ça sent le bois coupé, la poussière, les journées qui pèsent. En fond, j’avais comme un air de cornemuse, discret mais entêtant, quelque chose qui installe une tension douce et persistante.
Au centre du roman : deux frères. Et entre eux, surtout des silences. Des regards qui se détournent, des rancœurs qui s’installent sans éclats. Une forme de tendresse, oui, mais retenue, presque empêchée.
Le deuil est là, en filigrane, mais c’est surtout ce qu’il impose qui frappe : la responsabilité qui s’abat, les charges qu’on ne choisit pas, et ce que chacun est prêt — ou non — à assumer.
Et puis il y a ces phrases qui résument tout :
Le deuil ne donnait droit à aucune indemnité de la part du gouvernement. Le chagrin pouvait dévorer tout ce qui se trouvait sur son passage, mais pas les taxes, ni les frais médicaux ou les factures d’électricité. Thad avait beau avoir démantelé la boîte à lettres, essayer de retarder l’inévitable, les douloureuses réussissaient toujours à repérer la mauvaise odeur de dèche qui lui collait à la peau.
C’est une lecture parfois oppressante, souvent sombre, mais qui tient par la justesse de ses personnages et ce qu’elle raconte des liens — abîmés, compliqués, mais persistants.
Parce qu’au milieu de toute cette rudesse, il reste quelque chose. Un lien. Une humanité cabossée, mais tenace.
Une belle lecture, immersive, qui prend son temps et laisse une empreinte discrète.
Et au fil des pages… Nous sommes partis là où les sommets veillent.
Ma note : 09 / 10
Lecture terminée le 26 mai 2026