
Titre : Arpenter la nuit
Autrice : Leila Mottley
Édition : Albin Michel
Titre original : Nightcrawling
Traductrice : Pauline Loquin
Parution : Le 17 Août 2022
Nombre de pages : 416
En Californie, une adolescente noire est décidée à survivre, coûte que coûte, dans un monde qui se refuse à la protéger. Un premier roman coup de poing.
Kiara, dix-sept ans, et son frère aîné Marcus vivotent dans un immeuble d’East Oakland. Livrés à eux-mêmes, ils ont vu leur famille fracturée par la mort et par la prison. Si Marcus rêve de faire carrière dans le rap, sa sœur se démène pour trouver du travail et payer le loyer. Mais les dettes s’accumulent et l’expulsion approche.
Un soir, ce qui commence comme un malentendu avec un inconnu devient aux yeux de Kiara le seul moyen de s’en sortir. Elle décide de vendre son corps, d’arpenter la nuit. Rien ne l’a pourtant préparée à la violence de cet univers, et surtout pas la banale arrestation va la précipiter dans un enfer qu’elle n’aurait jamais imaginé. Un roman à la beauté brute, porté par la langue à fleur de peau de Leila Mottley.
Enfin j’ai lu ce roman qui me fait de l’œil depuis sa sortie l’année dernière. Un roman que j’ai acheté lors du Festival America pendant lequel j’ai eu la chance de rencontrer Leila Mottley.
Dès les premières pages, j’ai été mis dans l’ambiance sombre de ce roman, des cris, une piscine pleine de crottes de chien et une jeune femme Kiara seule contre tous. Seule, pas vraiment car elle vit avec son grand frère Marcus, marqué par les épreuves familiales et il faut se le dire un peu perché, et elle s’occupe également de Trevor un petit garçon attachant qui vit juste à côté avec une mère ne se souciant pas vraiment de lui. Pour couronner le tout la résidence dans laquelle vit tout ce petit monde va être vendue et les loyers augmentent fortement alors qu’ils n’ont tous déjà pas un rond. Voilà, le décor est planté.
J’ai vraiment beaucoup apprécié le personnage de Kiara, toute jeune, elle a seulement 17 ans quand commence le roman. J’ai aimé sa force et sa détermination. Elle ne baisse pas les bras, ne pense pas qu’à elle et va vouloir tout faire pour sauver tout le monde. Une chose que j’ai aimé chez Kiara, c’est le rapport qu’elle a avec les sens, ce qui la marque chez les personnes qui l’entourent. Elle arrive à décrire les odeurs des gens et ce que lui procure le contact avec eux. C’est assez flagrant entre elle et Trevor et Alé.
Pour s’en sortir et pour pouvoir payer son loyer, Kiara tombe un peu par hasard dans la prostitution. Leila Mottley nous immerge dans cet environnement, c’est très bien fait, c’est réel et surtout il n’y a pas de scènes de sexe lourdingues. Elle explique à la fin de son roman qu’elle a commencé à l’écrire lorsqu’elle avait 17 ans et qu’une affaire impliquant la police et l’exploitation sexuelle d’une jeune femme éclate à Oakland. Mais rapidement l’affaire est étouffée et après plusieurs recherches, elle se rend compte que ce n’est pas une affaire isolée. Elle décide donc d’écrire ce roman pour parler de ces femmes, de leur vulnérabilité et de l’absence totale de protection apportée par les institutions. C’est une réussite.
C’est vraiment un très bon roman qui m’a touché mais également révolté par moment. La fin est selon moi révoltante mais il ne pouvait pas en être autrement. J’ai également été touché par la relation entre Trevor et Kiara, avec cette image de deux âmes brisées se tenant par la main pour traverser les épreuves quoi qu’il en coûte. Une très belle lecture donc que je vous recommande.
Ma note : 10 / 10
Lecture terminée le 14 août 2023
2 réflexions sur “Arpenter la nuit”