
Titre : Ciel noir, cœurs battants
Autrice : Sarah Louise Butler
Édition : Phébus
Titre original : Rufous and Calliope
Traductrice : Charlène Busalli
Parution : Le 5 février 2026
Nombre de pages : 250
Rufous Flanagan, cartographe spécialisé dans le recensement des espèces en voie d’extinction, est lui-même sur le point de disparaître. Atteint d’une démence précoce qui s’attaque irrémédiablement à sa mémoire, il se lance un défi : revoir une dernière fois ses frères et sœurs, mais aussi, avant de l’avoir totalement oubliée, la cabane où ils ont trouvé refuge pendant plusieurs mois, des décennies plus tôt.
Commence une odyssée périlleuse, sur les sentiers isolés de Colombie-Britannique, alors que les feux de forêt font rage. Car Rufous doit affronter non seulement une nature hostile, mais surtout le démantèlement de son propre esprit. Ses souvenirs, tantôt vivaces, tantôt fugaces, deviennent une carte qui le guide dans un voyage où la frontière entre rêve et réalité s’estompe…
Des décennies entières de mon histoire – presque toute ma vie adulte – étaient désormais un mystère pour moi. Comme devant un tableau noir effacé à la va-vite où l’on ne parvient plus qu’à déchiffrer quelques mots. Des traces fantomatiques de ce qui a été écrit.
Avez-vous déjà rêvé de vivre dans une cabane perchée dans les arbres ?
Non ?… Moi, si.
Vivre en forêt, au milieu des inhalants et des exhalants, sur leur territoire, en harmonie avec cette Nature magnifique. Rufous, lui, a réellement connu cette expérience, entouré de ses sœurs et de ses frères. Leur cabane… leur refuge.
Au crépuscule de sa vie, il décide de marcher seul dans cette forêt, à travers ses souvenirs, pour les retrouver tous : Calliope, Fawn, Silver, Fletcher… et bien sûr, la cabane.
J’ai suivi son chemin sans pouvoir lui tenir la main, mais avec une immense empathie et beaucoup d’amour.
Personne ne mesurait l’incidence de la chrytridiomycose chez les grenouilles en 1979, dit-il. On pensait qu’elles seraient toujours là. On pensait que les tourtes voyageuses seraient toujours là. Et les chouettes tachetées aussi. On ne se doutait pas qu’on pourrait perdre toutes ces espèces, qu’on pourrait même perdre le bleu du ciel.
Randonner avec Rufous vers la cabane, c’est aller à la rencontre de nos souvenirs, quand le bruissement des feuilles, le chant d’un oiseau, la mélodie de la rivière, nous ramène à un moment, à un lieu, à une expérience vécue. Lire Sarah Louise Butler, c’est entrer dans une sensibilité qui nous révèle la fragile splendeur du vivant : une nature à la fois merveilleuse et vulnérable, où chaque espèce qui s’éteint emporte avec elle une part silencieuse de notre humanité.
Quand l’oubli s’installe et que le ciel se couvre de noir, une espérance demeure : la chaleur des liens, l’amour qui circule, la bienveillance qui persiste. Elles seules peuvent dissiper la fumée du monde et révéler à nouveau le bleu profond du ciel. C’est ce que nous montre ce magnifique roman !
Ma note : 10 / 10
Lecture terminée le 1er mars 2026