
Titre : Kuessipan
Autrice : Naomi Fontaine
Édition : Mémoire d’Encrier
Parution : Le 19 septembre 2017
Nombre de pages : 175
Kuessipan est un livre bouleversant qui nous fait découvrir le quotidien sur une réserve innue. C’est avec la grâce et la justesse d’une langue éblouissante que l’auteure Naomi Fontaine évoque cette réalité. Kuessipan : mot innu signifiant « à toi » ou « à ton tour ». Ce sont des lieux, des visages connus et aimés. Des chasseurs nomades. Des pêcheurs nostalgiques. Des portraits. Des vies autour de la baie qui reflète les choses de la Terre. Les lièvres. La banique. Les rituels. Les tambours en peau de caribou qui font danser les femmes. Des enfants qui grandissent. Des vieux qui regardent passer le temps. Des saumons à pêcher. Des épinettes. Des barrières visibles et invisibles. Des plaisirs éphémères. De l’alcool qui éclate les cervelles. Des souvenirs. Des voyages en train. Et surtout l’évidence que la vie est cet ensemble de morceaux à emboîter pour que naisse la symphonie.
Quelque part avant Tadoussac, planté entre deux montagnes, il y a un lac qui reflète les choses de la Terre Sur la rive, un quai et des canots. Une cabane en bois qui fume à moins de neuf mètres. Personne qui se baigne. Lorsque les feuilles rougissent, le lac éclate dans des couleurs de feu. Il brûle. Quand la neige le recouvre entièrement, les canots disparaissent. Le lac ne réfléchit plus l’éclat d’un bleu céleste. Ne reste que sa pâleur et les milliers d’épinettes grises pour assurer sa beauté.
« Kuessipan ». C’est le titre de ce roman. C’est à moi, donc à mon tour… De lire Naomi Fontaine. De marcher à ses côtés, tel un nomade, à travers la réserve d’Uashat. Observer, écouter, apprendre.
Au fil de cette marche, des femmes, des enfants, des hommes apparaissent. Je croise des mères, des chasseurs, des anciens, des pêcheurs, des jeunes. À chaque page, dans chaque maison, je découvre le quotidien des Innus rassemblés, parqués dans une réserve.
Ancré dans le présent, j’y perçois la souffrance, la nostalgie, la sensibilité, mais aussi la force de ce peuple.
Le silence fait du bien à celui qui l’écoute et parfois même, on peut entendre le saumon qui remonte la rivière.
Nutshimit, au cœur des terres, nous continuons d’avancer. La poésie de Naomi Fontaine me transporte dans cette réalité : celle d’une vie imposée par les Blancs à d’autres femmes et hommes, au nom d’une prétendue supériorité. Pourtant, les Innus – comme tant d’autres peuples autochtones – ont tellement à nous apprendre.
À travers leurs rituels, je découvre le respect profond qu’ils portent à la Nature, avec laquelle ils vivent et coexistent.
Il dit : Un chant triste, sorte de cri du cœur. Comparable au blues. La langue innue presque chantée aux intonations lentes, celles qu’on fait durer par des respires. Le manque de voyelles rend la langue impénétrable, comme un rappel à la nature, la dureté, l’écorce et les panaches.
Il y a l’homme au tambour, la fille au ventre rond, l’enfant sans père, le garde forestier, le vieux chasseur, celui qui rêvait de devenir pompier, les futurs mariés, celle qui a porté dix-neuf enfants, et tous les autres… Bien sûr, il y a toi Naomi qui nous ouvre les portes de ces maisons, de ces cabanes, de ces vies… Merci pour cela.
Ton livre, quand il en aura l’âge, je le placerai dans les mains de mon nikuss.
Tu as écrit pour transmettre.
Tu as écrit pour ton peuple.
Kuessipan.
Ma note : 09 / 10
Lecture terminée le 10 mars 2026