On était des loups

c’est la nature qui efface les traces des hommes. C’est comme si elle nous détestait, la nature, et dès qu’on fait quelque chose elle tend à le détruire pour reprendre tout l’espace. On croirait qu’il n’y a pas de place pour elle et nous, il y en a un de trop là-dedans.

Sommes nous tous aptes à vivre en pleine nature ? Pourrions-nous tous nous adapter à elle, sauvage et puissante ? Serions-nous tous capable d’habiter ce royaume où les arbres sont des silhouettes grandioses, des gardiens ancestraux, où le parfum âcre de la sève se mêle à la fraîcheur des roches enfouies sous les fougères, ce monde dans lequel les rivières coulent libres et éclatantes brisant le silence d’un chant qui comme le bruissement des feuilles est un language secret que seuls les animaux savent entendre ?

Il n’y a pas de mots pour définir ce qui m’étreint et je me dis que c’est pour ça que je vis ici, pour toucher du doigt, du bord du cœur, le territoire sauvage qui survit en moi et à ces moments-là quand les loups hurlent dans la montagne je sais que je ne suis pas seul.

Sandrine Collette nous entraîne au plus profond de l’esprit de Liam, jusqu’à ce que ses pensées deviennent les nôtres, jusqu’à ce que chaque fissure de ses doutes vienne résonner dans notre propre chair. Peu à peu, nous cessons d’être simples lecteurs : nous glissons dans sa peau, nous respirons son souffle heurté, et cette immersion totale devient oppressante, presque suffocante. Sa colère gronde en nous comme un orage lointain ; sa douleur nous brûle, diffuse mais tenace ; et bientôt, c’est sa rage qui nous habite, lourde et primitive, comme un instinct qui se réveille.

 je pense que je ne lui ai jamais dit je t’aime. Ça me semblait ridicule quand Ava murmurait ça à son oreille, pour moi l’amour c’est l’amour je veux dire une affaire de corps une affaire d’adultes. Je n’ai jamais réfléchi que j’ai souvent aimé la montagne et aimé le printemps alors au fond j’aurais pu le dire à Aru ça n’était pas déplacé, je l’aime comme la montagne et comme le printemps avec un regard infini sur le monde.

Ce roman évoque la naissance… Celle d’un père… Celle d’un lien… Apprendre à être père malgré la peur saisissante qu’on y arrivera pas… Il est question de l’angoisse paralysante de la perte. Cette panique qui pousse à faire de mauvais choix, qui pousse à la colère, au rejet… Qui pousse à ne pas dire « je t’aime ». Être père, être parent, c’est accepter d’être vulnérable et malgré cela, être prêt à déplacer des montagnes et à chanter avec les loups pour nos enfants.

Lecture terminée le 7 février 2026


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