11 H 02 Le vent se lève

Attisées par les rafales, les nuées se gonflent et s’étirent. Depuis la crête, Myriam regarde l’amer et ses volutes tournoyer au fond de l’abîme. Sous l’épais brouillard pourrit la carcasse étouffée de la ville invisible. Myriam est la seule à se souvenir de l’étrange pulsation de ce monde – ses artères, sa foule, son flux ininterrompu. Elle est la dernière.

Une cabane en haut de la montagne, la solitude, avec pour compagnie les chants de la Nature et la dernière bibliothèque du monde. On pourrait se dire qu’il y a pire pour survivre. Que le cadre serait presque idyllique pour se reconnecter à la Terre et pour renforcer nos liens avec le vivant. Pourtant, masque à gaz sur l’épaule, il faut surveiller le vent qui vient d’en bas qui détruit tout.

Cet amer dévastateur est-il le seul à menacer ce sanctuaire ? La grande prédatrice est là elle aussi, ce bout de montagne, elle en a fait son territoire, elle considère que tout lui appartient, l’herbe, les arbres, les animaux… Jusqu’à cet enfant sauvage, ce jeune renardeau qui vivait jusqu’à là dans sa tanière entouré et en harmonie avec les autres inhalants. L’appartenance, la possession sont des notions très humaine… De quel droit nous nous accaparons ce qui nous entoure ?

Ce roman interroge sur le comportement que nous humain pourrions avoir en cas de fin du monde. Il met en opposition l’humain d’aujourd’hui avec l’innocence d’un être « nouveau ». La Nature est à la fois source de vie et menace de mort. Elle est à la fois prison verte et rêves de liberté.

Je n’ai pas aimé cette grande prédatrice car elle est à l’image de l’humanité d’aujourd’hui et qu’elle nous montre que même si une chance nous est offerte de bâtir un monde nouveau, le risque de reproduire les erreurs du passé est majeur du fait de la nature profonde de l’homme.

L’enfant de la tanière par contre m’a éblouit, une innocence sauvage, se confondant parmi les autres vivants. J’ai adoré et été très ému par son rapport à la littérature. La dernière bibliothèque du monde, il l’a dévoré… L’île au trésor, Moby Dick, Calamity Jane, ces histoires lui ont appris à parler, lui ont appris à rêver et à comprendre que le monde est grand et que chaque vie mérite d’être vécu à fond. Les personnages de ces livres sont ses amis, ses compagnons d’aventures et lui apportent de la lumière et de l’espoir.

Les livres ont le pouvoir de faire briller le soleil en pleine nuit, de recouvrir les hurlements du vent mauvais et de faire rentrer dans ma tête des choses énormes – villes, planètes, océans. Le plus fascinant, c’est la foule qui vit à l’intérieur des pages.
Parfois, les personnages les plus vivants et les plus courageux s’échappent du livre et viennent chuchoter à mon oreille. Ce n’est plus la voix de mon ventre que j’entends, c’est la leur. Je me sens moins seul.

J’ai vraiment bien aimé cette lecture, le premier roman de Sacha Bertrand, je vous le recommande chaudement.

Lecture terminée le 2 janvier 2026


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