
Titre : La colère et l’envie
Autrice : Alice Renard
Édition : Points
Parution : Le 30 août 2024
Nombre de pages : 160
Isor n’est pas comme les autres : c’est une petite fille mutique, rejetant les normes. Quand elle rencontre Lucien, un voisin septuagénaire, l’alchimie opère immédiatement entre ces âmes farouches.
Moi lecteur
Alice Renard, la première fois que j’ai entendu ton roman, en livre audio, j’étais en voiture et comme Isor, je me dirigeais vers le Sud. Juste un petit passage avec Lucien, cela à suffit à me convaincre qu’il fallait absolument que je te lise, que j’écoute ton livre.
L’amour a sa grammaire. Et comme dans toutes les langues, sans la pratiquer, on la perd. Au fil des mois, j’ai réappris l’Absence, l’Attente, le Comblement, la Dépendance, la Fête, l’Impatience, la Jalousie, le Rêve et la Rêverie, le Ravissement, le Rendez-vous, la Solitude et le Souvenir. Tout un abécédaire que je potasse studieusement. J’aime être cet écolier des sentiments.
Dis, dis, mon Isor, reviendras-tu demain après-midi ?
Moi parent
Chère Isor, tu es admirable de résilience. Toutes ces années à te taire, pourtant tu t’exprimais tellement. Tu sais, ce n’est pas toujours simple d’être parent, j’en sais quelque chose… Tes parents, j’ai voulu les secouer, ils m’ont par moment mis hors de moi. Pourtant grâce à toi, j’ai mis « la colère » de côté, car comme toi, j’ai eu « l’envie » de leur prendre la main et de les guider. Ce rôle de pap, de mam, n’est inné chez aucun de nous les grandes personnes, nous apprenons tous les jours à être meilleurs, souvent grâce à nos enfants.
Nous voulons être un père et une mère pour ce petit animal-là, être son refuge – oui, nous avons osé le vouloir. Et à bientôt cinquante ans nous osons également réclamer un peu de paix, à défaut d’avoir eu notre destin rêvé. N’est-ce pas un droit universel, une fois écoulés les deux tiers de sa vie ? Du calme en échange de ses espoirs en miettes ? Parce que ça demande du courage, aussi, de tenir bon, un courage qui a juste moins d’éclat.
Moi enfant
Isor, je suis assis en tailleur sur le muret, le vide de chaque côté, mes grosses lunettes sur mon nez, je suis plongé dans un de mes livres. Ton refuge à toi c’est le silence, moi ce sont les livres. J’aimerais être ton ami, venir avec toi chez Lucien et m’assoire à vos côtés pour faire une partie de Dominos tout en écoutant du Wagner ou du Mozart. Ton histoire n’est pas encore écrite dans un livre, dommage, j’en aurais bien besoin.
Luce et moi on a vécu profond dans les corps, sans les mots. Quand on se tait comme nous on s’est tus ensemble, c’est qu’on dit oui à tout de l’autre, que y a que oui à entendre, assourdissant.
Moi lecteur
Merci Alice Renard pour cette petite merveille poétique. J’ai pleuré… beaucoup… J’ai ressenti tellement d’émotions, ma sensibilité à été éprouvée, pourtant ton livre, je le prend comme un doudou qui va m’accompagner pendant de longues années, il n’y en a pas beaucoup comme ça, je le relirais quand j’en aurais besoin. Il y a énormément d’amour dans ton roman, l’amour entre les êtres et l’amour de la vie. Encore une fois merci.
Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que plus on s’aime, moins on a besoin de se le dire. Non et non. L’amour est un sortilège qu’il faut jeter sans cesse et de nouveau du bout des lèvres, encore et encore. C’est une chanson avec laquelle on vit – qu’il faut faire vivre. Mais dans mon cas, dans notre cas, cette chanson, mon cœur la psalmodie en silence – et je sais que le tien aussi.
Ma note : 10 / 10
Lecture terminée le 11 juin 2025