Nourrices

À l’abri des hommes, dans la profondeur des bois, les mille voix de la nuit chuchotent, murmurent, conversent à voix basse. Les stridulations des grillons répondent aux battements d’ailes, les craquements aux hululements. Au cœur de ce monde palpitant, frémissant, l’oiseau vole, plane jusqu’à la chaumière solitaire, toque à la fenêtre. De petits coups brefs, répétés, insistants.

La plume poétique de Séverine Cressan m’a emporté dès les premières lignes. J’ai été invité à découvrir l’histoire de Sylvaine et des autres femmes, les nourrices. Ce roman entremêle l’histoire de ces femmes dont les hommes utilisaient le corps jusqu’au lait maternel, et la Nature omniprésente merveilleuse, secrète, sombre, protectrice et parfois violente.

Cette pensée met en branle la jeune femme, agit comme un ressort qui banderait ses muscles, aiguiserait toutes ses facultés sensorielles. Elle inspire profondément, hume l’air, flaire les senteurs boisées, sent sous ses pieds la terre meuble, la vie souterraine habitée de milliers d’insectes et de vers. Elle regarde Jehan grimaçant de frayeur, essuie la morve qui lui coule du nez, choisit de devenir louve, ourse, de renoncer à l’humain en elle, de retrouver sa nature première et sauvage, pour affronter la forêt…

Ce roman est pour moi un magnifique hommage à toutes ces femmes qui par leurs seins, par leurs corps, par leur profond respect pour l’humain, souvent au détriment de leurs propres enfants ont permis à des milliers de petits êtres de vivre et de ressentir ce lien quasi mystique entre une mère et ses petits. Ce roman est une ode à la maternité, à l’allaitement. Je suis un homme, je n’aurais jamais cette chance de vivre cette expérience fabuleuse. Le lien puissant, intime, presque surnaturel qui se crée lorsque ce petit être ouvre la bouche pour le poser sur le sein de sa mère ou de sa nourrice, c’est merveilleux. J’ai été témoin d’une relation mère/enfant fusionnelle, c’est tellement beau.

Je sais pas pourquoi, ça m’a fait monter les larmes. J’ai pleuré doucement. Elle disait toujours rien. Je crois qu’elle a écouté mes larmes couler. Elle m’a emmenée dans la maison et m’a fait allonger sur le lit. Je pleurais encore et c’était doux de me sentir comme un nuage trop plein qui déverse sa pluie.

Lecture puissante, remplie de sensibilité et d’amour. Lecture envoûtante. Lecture qui résonne encore en moi plusieurs jours après avoir tourné la dernière page. Un grand roman essentiel. Merci Séverine Cressan.

Lecture terminée le 3 octobre 2025


Laisser un commentaire