Les Grands Vivants

– Tu vas nous écrire un texte ?
Je me retourne pour faire face à une dame aux cheveux gris, longs et ébouriffés. Elle remet ses lunettes rondes en place et m’éclaire le visage de sa flamme de bougie. Elle caresse le trait noir tracé sur l’arête de mon nez, sourit silencieusement, des années de bonheur coincées dans la commissure de ses lèvres plissées.
– Tu écris, n’est-ce pas ? Tu sais que l’écriture est le premier grand acte de magie ?
Je ne veux pas répondre, pas avec les mots, je ne parle plus. J’apprécie ce silence.

Claudius Pan -« Pan » comme le dieu mi humain, mi bouc avec ses deux cornes et son torse velu, dieu de la fertilité qui possède un appétit sexuel bestial et insatiable – nous emmène grâce à son premier roman à la rencontre des Grands Vivants à travers les forêts américaines.

Ce voyage initiatique dans lequel j’ai l’impression que se mélange récit et fiction, m’a sincèrement bousculé. Grâce à une plume vivante, intense, sans limite, j’ai ressenti une sorte d’urgence mystique à s’émanciper, à faire fi du jugement et à s’ouvrir davantage toujours plus.

Ça a résonné en moi. Faire l’expérience de la vie. C’était ce qu’il me fallait. Qu’on me pose un défibrillateur sur le torse, qu’on m’envoie une bonne grosse décharge de sens et de beauté. La Beauté. La véritable beauté. Pas celle qu’on placarde sur les Abribus et les bâtiments bétonnés, non. La beauté de celles et ceux qui plongent la tête la première dans l’existence qui n’ont que faire du regard des autres, des préjugés, des étiquettes qu’on dépose sur tout.

Claudius Pan nous ouvre les porte de sa Cathédrale. J’y suis entré sur la pointe des pieds sans savoir trop à quoi m’attendre. Je dirais que j’ai vécu une sorte d’expérience sensorielle et émotionnelle dans laquelle j’ai vogué entre tristesse, joie, amour, deuil, réel et imaginaire. En découvrant la Cathédrale de Claudius, j’ai également doucement entrebâillé la porte de la mienne.

Ensuite, y a les amoureux. Quand on tombe amoureux de quelqu’un on se r’connait dans son regard, tout comme l’autre se r’trouve en nous.

Les Grands Vivants, c’est des femmes, des hommes, des jeunes, des moins jeunes… Non, les Grands Vivants, ce sont tout ces humains sans distinctions de sexe, de couleur, d’âge, de religion qui s’unissent dans une pensée collective bienveillante et respectueuse de la Vie et de la Nature. Une fois de plus, un élément commun à plusieurs textes d’eutopie que j’ai eu l’occasion de lire, c’est la Forêt. La Forêt témoin fidèle des maux de l’humanité, mais toujours présente pour la protéger.

C’est à ce moment que j’ai découvert que le monde était fait de deux sortes d’individus : les Grands Vivants, qui peuplent les vies poétiques, les créateurs du monde à venir, et les autres, qui ont renoncé à l’aventure au profit d’une réussite matérielle et sociale, acceptent docilement le réel pour ce qu’il est.

Lecture terminée le 12 septembre 2025


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