
Titre : Femme forêt
Autrice : Anaïs Barbeau-Lavalette
Édition : JC Lattès
Parution : Le 3 mai 2023
Nombre de pages : 288
Une femme emménage avec sa famille et des amis dans la maison de son enfance au coeur de la forêt. Resurgissent les souvenirs d’une histoire familiale tissée d’abandon, des deux côtés de l’océan, mais aussi hameçonnée à la joie par une mère associant la sirène d’une ambulance à une femme qui accouche, un père qui trouve des trèfles à quatre feuilles sans les chercher, des enfants qui lui ont appris à marcher.
Quand l’hiver perce les murs, la tapisserie s’épluche et les souris font leur nid dans le piano. Alors on se penche sur l’extérieur, comme pour la première fois. Dehors, une nouvelle langue se déploie. Celle des lucioles, des pins blancs et du mélilot. Dehors, une cueilleuse d’asclépiades sauve la vie de soldats, un super-héros dompte les peurs à bord de son tracteur, un peintre japonais trace ses tableaux avec la sueur des amants. Dehors, tout redevient possible.
Femme forêt est un livre indispensable, un appel d’air et d’amour, une ode à la nature et à la filiation. Après le triomphe de La femme qui fuit, ce roman explore la femme qui reste, enracinée, vivante.
J’ai choisi ce livre un peu par hasard car il rentrait dans le thème « L’érable » du Challenge de Camille #mes5lecturesprintanieres. Et bien, le hasard une fois de plus fait bien les choses car j’ai vraiment eu un beau coup de coeur pour cette lecture.
Nous sommes en période de Covid et de confinement. Une femme accompagnée de son mari et de ses enfants ainsi que d’un couple d’amis avec enfant également se retranche dans la maison de son enfance, tout près de chez ses parents. Cette maison, personnage à part entière dans le roman, est au beau milieu des champs avec la forêt à portée du regard. Voilà, le décor est planté, maintenant, il n’y a plus qu’à laisser la plume enchanteresse d’Anaïs Barbeau-Lavalette nous embraser le coeur et nous guider sur les sentiers de cette forêt, peut-être bien magique.
Des rires, des sourires, des pleurs, voilà entre autres les émotions que m’a procuré cette lecture. Il y a beaucoup de tendresse, de douceur, de poésie, d’amour dans ce roman. C’est beau, c’est comme un livre doudou, c’est une lecture qui fait du bien. C’est lumineux, c’est une ode aux liens familiaux, à la nature, à l’amour, à la vie.
Les liens, voilà le thème principal de ce roman. Les liens que nous avons avec nos parents et nos grands-parents. Les liens que nous avons avec nos enfants. Le lien que nous avons avec notre moitié, la personne essentielle à notre vie. Les liens que nous créons avec nos amis et chaque personne que nous croisons un jour sur le sentier de notre vie. Les liens souvent oubliés mais tellement précieux avec la Nature, avec les arbres, les plantes, l’eau qui coule dans le ruisseau, les nuages dans le ciel, les animaux petits et grands. Ce fil qui relie chaque Être vivant peu importe l’espèce.
Anaïs Barbeau-Lavalette nous offre une bouffée d’oxygène dont nous avons bien besoin dans le monde d’aujourd’hui. Telle une Femme forêt elle nous conte son histoire en y mêlant souvenirs, passions, désirs, magie, respect et douceur. L’histoire intime d’une femme attachée à la Terre, à ses racines et aux siens.
Quarante-cinq ans à imbriquer une vie dans l’autre, à se ré approprier la sienne un temps avec un bout en moins, à muer avec l’autre, pour l’autre, grâce à l’autre. Ils ont aimé d’autres peaux, ont embrassé d’autres têtes avec tout ce qu’il y avait de neuf dedans, ont repris leur souffle. Ils sculptent la suite de leur duo, de glaise et de grésil.
Des amis algonquins m’ont déjà expliqué quelle attitude adopter si je rencontrais un ours dans la forêt. J’ai retenu deux choses. Surtout, ne pas faire la morte. Je ne suis pas crédible en morte. Mais plutôt m’éloigner lentement, sans gestes brusques, en parlant à l’ours. (Je cherche encore quoi lui dire. Si je n’ai pas trouvé à ce moment-là, je chanterai.) En reculant à pas lents, repérer un arbre de confiance et y grimper. L’ours ne me suivra pas dans l’arbre. Mes amis m’ont rappelé, comme une vieille évidence, que les arbres, pour moi, pour nous, représentent la sécurité. Voilà qui devrait suffire à nous les rendre intéressants.
Je suis un arbre. Je suis un arbre et mes racines sont fortes et longues. Elles s’enfoncent dans les abysses de la terre. Je ne peux pas m’effondrer. J’ai mille ans.
Ma note : 10 / 10
Lecture terminée le 30 mai 2024